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Monitoring photovoltaïque : que remonte votre onduleur

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Monitoring photovoltaïque : que remonte votre onduleur

Le monitoring photovoltaïque désigne le suivi numérique d’une installation solaire à partir des données de l’onduleur : puissance instantanée, énergie cumulée, part autoconsommée, codes de défaut. Quatre niveaux de suivi coexistent, du portail du fabricant à une solution ouverte hébergée chez vous, avec des degrés très différents de finesse et de maîtrise des données.

Ce qu’un onduleur mesure, et ce qu’il ignore

L’onduleur convertit le courant continu des panneaux en courant alternatif utilisable par le logement. Il mesure au passage tout ce qui transite par lui. C’est le seul instrument obligatoire d’une installation solaire, et il en sait beaucoup plus que ce qu’affiche l’écran d’accueil d’une application.

Les quatre familles de valeurs relevées

Quatre familles de valeurs sortent d’un onduleur domestique, quel que soit le fabricant.

  • La puissance instantanée en watts, côté continu comme côté alternatif, rafraîchie toutes les quelques secondes.
  • L’énergie cumulée en kilowattheures, découpée par jour, par mois, par année, depuis la mise en service.
  • Les grandeurs de détail : tension et courant par chaîne de panneaux, tension et fréquence du réseau, température interne.
  • Les codes de défaut horodatés, qui décrivent un déclenchement, un défaut d’isolement ou une sortie de plage réseau.

La finesse dépend de l’architecture retenue. Un onduleur central voit une chaîne entière de panneaux comme un bloc unique. Des micro-onduleurs ou des optimiseurs placés sous chaque module remontent au contraire une valeur par panneau, ce qui isole immédiatement le module sali, ombragé ou débranché.

L’angle mort de la consommation du logement

Un onduleur mesure ce qu’il produit, jamais ce que consomme le logement, sauf si un capteur de courant ou une passerelle vient lui souffler l’information. Sans cette pièce supplémentaire, l’application affiche une production, pas un taux d’autoconsommation. La nuance pèse lourd : selon les chiffres clés des énergies renouvelables publiés en 2025 par le service des données et études statistiques du ministère de la Transition écologique, 58 % des installations photovoltaïques de France métropolitaine autoconsommaient tout ou partie de leur production fin 2024, pour 15 % seulement de la puissance installée.

Panneaux solaires posés sur la toiture en tuiles d’une maison française sous un ciel dégagé

Injection, soutirage, autoconsommation : trois compteurs distincts

Beaucoup de propriétaires cherchent leur production sur le compteur communicant. Ils trouvent autre chose. Le compteur mesure les échanges avec le réseau public : l’index d’injection totalise les kilowattheures envoyés vers le réseau, l’index de soutirage ceux qui en viennent. L’électricité produite puis consommée sur place ne franchit jamais ce point de mesure, donc elle n’apparaît nulle part.

Le calcul se reconstitue quand même, à condition de croiser deux sources.

  • Production totale : lue sur l’onduleur, ou sur un compteur de production dédié.
  • Surplus envoyé au réseau : index d’injection du compteur communicant.
  • Autoconsommation : production totale moins surplus injecté.
  • Consommation du logement : soutirage réseau plus autoconsommation.

L’écart entre ces deux premières lignes résume le comportement d’une installation. À l’échelle nationale, la production photovoltaïque métropolitaine a atteint 23,1 térawattheures en 2024 d’après le même service statistique, dont 21,8 injectés sur le réseau et 1,3 autoconsommés.

La sortie de télé-information, souvent oubliée

Le compteur communicant embarque une sortie de télé-information client, deux bornes accessibles derrière le capot, prévues pour alimenter un appareil tiers en trames de données. Enedis en décrit les caractéristiques dans la spécification technique Enedis-NOI-CPT_54E. Deux modes coexistent : le mode historique, actif par défaut, hérité des compteurs électroniques des années 1990 et cadencé à 1200 bauds, et le mode standard à 9600 bauds, activable sur demande auprès du fournisseur d’électricité.

Le choix du mode change tout pour un producteur. Le mode historique ne publie que le soutirage réseau. Le mode standard ajoute les grandeurs d’injection, dont la puissance apparente injectée à l’instant et l’énergie active injectée totale. Sans ce basculement, une passerelle branchée sur ces deux bornes reste aveugle à la moitié du sujet.

Quatre niveaux de monitoring photovoltaïque, du portail au serveur local

Le suivi d’une installation se construit par couches, et chacune ajoute de la finesse au prix d’un peu de travail.

Le premier niveau reste le portail du fabricant. Il est configuré à la mise en service, généralement par l’installateur, qui associe le numéro de série de l’onduleur à un compte client. Les professionnels du photovoltaïque documentent d’ailleurs largement les moyens de suivre sa production solaire une fois le chantier réceptionné, parce que la question revient dans les premières semaines d’exploitation. L’interface web affiche des courbes journalières, un cumul mensuel et un historique de plusieurs années, stockés chez le constructeur.

Le deuxième niveau est l’application mobile de la même marque. Même base de données, présentation resserrée, notification en cas de défaut. Pratique au quotidien, limitée dès que vous cherchez une donnée brute. Un tableur mensuel téléchargé puis oublié dans le dossier de téléchargements ne sert à rien : notre méthode pour organiser ses fichiers sans rien perdre s’applique telle quelle à ces relevés.

De la passerelle domotique au serveur local

Le troisième niveau introduit une passerelle : un boîtier ou un logiciel qui interroge l’onduleur en local et agrège ses valeurs avec d’autres sources, la télé-information du compteur, un capteur de courant sur le tableau, un chauffe-eau pilotable. La donnée cesse d’être un affichage pour devenir un déclencheur.

Le quatrième niveau est une solution ouverte hébergée chez vous. Home Assistant, développé par une communauté de contributeurs et par l’éditeur américain Nabu Casa, en est le représentant le plus répandu. Son tableau de bord énergie assemble production, consommation, injection et stockage dans une même vue. Le serveur tourne sur un mini-ordinateur du logement, ce qui garde l’historique à la maison.

Mains posées sur une table en bois clair à côté d’une tablette à dalle noire uniforme

Modbus, API, télé-information : par où transitent les données

Trois chemins mènent aux valeurs d’un onduleur, et ils n’offrent ni la même fraîcheur ni la même indépendance.

Le premier passe par Modbus, protocole industriel créé par Modicon en 1979 pour dialoguer avec des automates programmables. Ses spécifications sont publiques, maintenues par la Modbus Organization, sans redevance de licence. Deux transports dominent : Modbus RTU sur une liaison série RS-485, et Modbus TCP sur le réseau local. La lecture se fait registre par registre, en local, sans passer par internet.

Reste la cartographie de ces registres, propre à chaque constructeur si rien ne l’encadre. C’est le rôle des modèles SunSpec, publiés par la SunSpec Alliance, dont l’interface Modbus a été créée en 2009 et se trouve référencée dans la norme IEEE 1547-2018 relative au raccordement des ressources énergétiques distribuées. Un onduleur conforme expose ses valeurs aux mêmes adresses qu’un concurrent, ce qui rend un tableau de bord réutilisable d’une marque à l’autre.

Deuxième chemin, les interfaces de programmation en ligne. Le portail du constructeur expose souvent une API, parfois soumise à un quota d’appels ou à un abonnement. Côté réseau public, Enedis propose un service d’accès aux données de comptage qui exige le consentement explicite du titulaire du compteur, valable trois ans et révocable à tout moment.

Troisième chemin, la sortie de télé-information déjà décrite, lue par un module qui publie les trames sur le réseau domestique. Elle mesure les échanges avec le réseau, jamais la production, et se combine donc avec l’une des deux autres.

Repérer une panne ou une baisse anormale de production

Une installation qui produit moins ne le crie pas. Elle affiche des courbes un peu plus basses, et l’œil s’y habitue en quelques semaines. Trois comparaisons débusquent l’anomalie.

La première est la comparaison à soi-même. Rapportez la production d’un mois à celle du même mois l’année précédente, jamais au mois qui vient de s’écouler : l’ensoleillement varie trop d’une saison à l’autre pour que la comparaison ait un sens. Un écart de quelques points s’explique par la météo. Un décrochage franc et durable, non.

La deuxième porte sur les écarts internes, quand l’architecture le permet. Deux chaînes orientées de la même façon doivent produire des courbes superposables. Un décalage constant désigne un défaut localisé : connecteur, salissure, module hors service.

La troisième concerne la forme de la courbe journalière. Une cloche régulière signale une journée sans obstacle. Un plateau net en milieu de journée trahit un écrêtage de l’onduleur. Des dents de scie évoquent une ombre portée ou un contact instable. Un arrêt brutal en plein après-midi oriente vers un déclenchement de protection.

Ce que dit la norme de suivi de performance

La norme internationale IEC 61724-1, dont l’édition 2.0 date de juillet 2021, définit les méthodes, les capteurs et les paramètres calculés du suivi de performance d’un système photovoltaïque. Elle retient deux classes de systèmes de suivi, A et B, la classe C de l’édition 2017 ayant été supprimée. La plus exigeante impose des capteurs d’ensoleillement de précision, nettoyés chaque semaine et étalonnés régulièrement. Un particulier n’a pas ce matériel, mais le raisonnement se transpose : sans mesure du rayonnement reçu, aucun indicateur de rendement absolu ne tient, et la seule référence fiable demeure l’historique de l’installation.

Câble réseau bleu enroulé devant un tableau électrique fermé à façade lisse

Wi-Fi, courant porteur, Ethernet : le maillon qui lâche en premier

Les pannes de remontée dépassent largement les pannes de production. Le scénario se répète : l’application affiche zéro, les panneaux produisent normalement, et c’est la liaison entre la passerelle de communication et la box qui a cédé. Trois causes reviennent.

  • Un changement de box, de fournisseur d’accès ou de mot de passe Wi-Fi, qui laisse la passerelle avec des identifiants périmés.
  • Une bande de fréquence incompatible : la plupart des modules de communication photovoltaïques ne s’associent qu’en 2,4 GHz et ignorent un réseau diffusé uniquement en 5 GHz.
  • Un signal trop faible, parce que le coffret électrique se trouve au garage, derrière une porte métallique et deux cloisons.

Ce dernier point relève du diagnostic sans fil ordinaire : mesurer la puissance reçue à l’emplacement du coffret avant tout achat, comme le décrit notre guide pour diagnostiquer et améliorer un Wi-Fi lent. Les adaptateurs à courant porteur en ligne dépannent parfois, mais un coffret alimenté par un circuit différent de celui de la box ruine leur efficacité.

La liaison filaire reste la plus stable des trois. Tirer un câble réseau jusqu’au coffret demande une demi-journée et supprime définitivement la question, à condition de choisir la bonne catégorie : notre comparatif des catégories de câble Ethernet détaille ce que chacune laisse passer sur la distance.

Un réflexe évite bien des appels au service après-vente. Avant de conclure à une panne, vérifiez que l’index d’injection du compteur a bougé depuis la veille. S’il progresse, l’installation produit, et le problème est numérique.

Qui détient vos données de production

Un relevé de production devient une donnée personnelle dès qu’il se rattache à un foyer identifiable. La CNIL a posé le cadre tôt, dans sa délibération n° 2012-404 du 15 novembre 2012 consacrée aux compteurs communicants, en soumettant la collecte des courbes de charge au consentement exprès de la personne concernée. Elle l’a rappelé en pratique par la mise en demeure n° 2018-007 du 5 mars 2018 visant un fournisseur d’électricité, dont le recueil de consentement pour la courbe de charge au pas de trente minutes a été jugé ni libre, ni éclairé, ni spécifique.

Trois questions méritent d’être posées avant de laisser un service tiers moissonner ces relevés.

  • Où l’historique est-il stocké, et pendant combien de temps après la fermeture du compte ?
  • L’export est-il proposé dans un format ouvert, ou seulement sous forme de captures d’écran ?
  • Que devient l’antériorité si le fabricant ferme son portail ou change de propriétaire ?

Un compte de portail solaire décrit vos horaires de présence heure par heure, ce qui justifie le même soin qu’un compte bancaire. L’activation de la double authentification sur vos comptes en ligne vise en priorité ce genre de service. Quant à l’antériorité elle-même, un export périodique rangé selon la règle des trois copies de sauvegarde la met à l’abri d’une fermeture de portail.

Prochaine étape : relevez aujourd’hui l’index d’injection du compteur et le cumul annuel affiché par l’onduleur, notez les deux valeurs, recommencez dans trente jours. Cet écart mensuel, tenu six mois, vaut mieux que n’importe quel tableau de bord monté dans la précipitation.